Le Jazz Coin

Un blog avec des trucs qui souinguent


... is a man who knows how to play bagpipes, but doesn't.

Sauf Rufus Harley, bien sûr.

A quoi tient une vocation, parfois. Au début, le petit Rufus jouait d'un instrument normal, ou presque : le saxophone. Je dis « ou presque », parce qu'il avait choisi, dans la famille, le C melody sax qui est, comme son nom l'indique, un saxophone en ut (chouette, pas besoin de transposer, du coup). Le truc dont PERSONNE ne joue. Sauf Frankie Trumbauer, un peu méconnu maintenant, mais que Lester citait comme sa principale influence, rien que ça.
Oh, mais voilà que nous nous égarons, une fois de plus

(quick summary to the attention of my English-speaking readers: Rufus Harley started out on C-melody saxophone. A saxophone which NOBODY plays, except Frankie Trumbauer, and if the name doesn't ring a bell, let me tell you that Lester Young used to say that he was his main influence).

Après dix ans de C-melody sax, l'ami Rufus passe à un truc plus normal. Le saxophone tout court. Et puis aussi la clarinette, le hautbois et la flûte, tant qu'il y est. Il a alors 22 ans, nous sommes en 1958...

Et là, bam. Novembre 1963. Dallas. Quoique, c'est pas vraiment Dallas qui provoque un vrai chamboulement dans la carrière de Rufus, mais ses conséquences. Depuis Philadelphie, Rufus suit les obsèques de John F. Kennedy. Et qu'est-ce qu'il voit ? Le Black Watch, autrement dit le troisième bataillon d'infanterie du régiment régional d'Ecosse. Et des cornemuses.

(summary: At age 22, in 1958, Rufus takes up saxophone, clarinet, flute and oboe. But, in November 1963, as he follows John Kennedy's funeral procession from Philadephia, he finds out about bagpipes...)

Pas moyen de reproduire le son de la cornemuse sur un sax. Bon, ben, y a plus qu'à se mettre en quête d'une vraie de vraie cornemuse. Y en a pas sur Philadephie ? Pas grave, on va aller en chercher une à New-York. Et il en trouve une, chez un prêteur sur gages.

Les voisins, qui peuvent être de vrais casse-pieds quand ils s'y mettent, se plaignent ? Appellent les zautorités ? Rufus planque vite fait sa cornemuse et dit innocemment aux zagents : « Quoi ? Une cornemuse ? Ah, ah, ah. Vous trouvez que j'ai l'air écossais ou irlandais ? Z'ont la berlue des oreilles, c'est tout ! »

Du coup, le voilà qui passe à la télé. On dirait le « Secret Story » des années 60, en y réflechissant un peu

(summary: Rufus first tries to reproduce the sound of bagpipes on his saxophone, but since it is impossible, he travels all the way to New York to buy one, in a pawn shop. When the neighbors call the police to complain about the noise, he quickly hides his bagpipes and says, "Bagpipes? Do I look Irish or Scottish to you?".
As a result, he appears in what must be the ancestor of the "Secret Story" reality show )



Et voilà notre Rufus qui commence à enregistrer. Quatre albums en leader entre 1965 et 1970. Et des séances en sideman, avec Herbie Mann, Sonny Stitt et Sonny Rollins.

(no summary here, just learn French! )


La cornemuse, ça a un avantage majeur, et un inconvénient, tout aussi majeur. L'avantage, c'est qu'on peut faire du bruit non stop sans pratiquer la respiration circulaire. Et l'inconvénient... ben c'est que dans ce bruit non-stop, il y a toujours un Si bémol. En gros. Pour plus de détails, merci d'aller demander à Wikipédia.
Quoiqu'il en soit. Va te trouver un répertoire qui s'accommode d'un perpétuel ostinato en Si bémol, toi. Bon, y a toujours le blues. En Si bémol, quoi.

(summary: Bagpipes have their pro, and con. The pro is that you can produce non stop noise without having to master circular breathing. The con is that, in this noise, there will ALWAYS be a B flat. And for more details, please go knock knock at Wikipedia's door)


C'est pas parce que Rufus était devenu LE sonneur de cornemuse jazz qu'il a arrêté de jouer du saxophone, au fait.


Et c'est pas parce qu'il jouait avec Sonny Rollins qu'il allait laisser le kilt au placard, non plus.

Voilà voilà. J'aurais bien aimé trouver un bout de « From Philadelphia to Paris » avec du saxophone, histoire de faire un clin d'œil au pote Jacky Samson, qui a eu la mauvaise idée de nous quitter en octobre dernier... mais non, y a pas.

Quant à Rufus, il a raccroché la cornemuse pour de bon en 2006, à 70 ans. Et moi, je garde de lui le souvenir d'un chouette grand bonhomme tout simple croisé au pied de la scène du Sunset à la fin des années 90, en kilt, tennis et blouson Nike. Tout simple, oui. Le genre de gars qui attend une heure à l'aéroport que la personne censée venir le chercher trouve le bon terminal, et qui l'accueille à bras ouverts avec un sourire grand comme ça (tout le contraire d'un Steve Coleman boudeur pour dix minutes d'attente).

(Summary: Rufus kept playing the saxophone. And wearing a kilt, even when he was playing with Sonny Rollins. I would have loved to end this post with a saxophone track from the album "From Philadelphia to Paris", as a tribute to my buddy Jacky Samson, a fantastic bass player, who passed in October 2012... but couldn't find any on the Web.
As for Rufus, he passed in 2006 at 70. I'll always remember this wonderful, down-to-earth man whom I met at the Sunset in Paris in the late '90s, wearing a kilt, tennis shoes and a Nike jacket. Down-to-earth, and how. The kind of man who would wait at the airport for one hour because the person who was to pick him up couldn't find the good terminal, and would welcome him with open arms and a huge smile. Pretty much unlike Steve Coleman, sulking for a 10-minute delay...)

Vous venez de déguster un trop bel article gribouillé par Ophi,
jazzmaniaque, photographe aléatoire
et codeuse empirique.

1 comment

#1 Dégremont said :

Bonjour,

Attaché de presse pour le tout jeune label Ohrwurm, je vous propose la chronique du très bel album d'Arshid Azarine "Persian Sketches", 8 morceaux de piano solo dans un esprit jazz perse.
Voici le lien de "7 Djan", le premier extrait clippé : http://www.youtube.com/watch?v=k_6QihQVEL4
N'hésitez pas à revenir vers moi pour que je vous l'envoie, avec un communiqué de presse.

Cordialement,

Vincent Dégremont
Label Ohrwurm
vincentchezmelmax@gmail.com
01 44 53 06 07

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